La première écriture d'invention de l'année j'ai fait du hors sujet
^^, le sujet c'était: toute écriture est une réécriture, mais j'en
ai rien à foutre d'avoir fait du hors sujet parce que je me suis
amusé à écrire ce truc : J'ai toujours voulu être écrivain.
Surement parce que mes proches m'ont toujours affirmés que j'en
étais incapable: mes parents me disaient que je n'avais pas
d'imagination, et mes professeurs, que je n'avais pas de style.
Peut-être était-ce vrai, cependant j'étais intimement convaincu
qu'en moi-même sommeillait un auteur de talent. Mes années
lycéennes ayant pris fin, j'entrepris des études de lettres
modernes. Je dois avouer que je n’étais pas très brillant,
mais j’obtins tout de même ma licence. Je décidais par la
suite d’arrêter mes études et de gagner ma vie à l’aide
de ma plume. Après avoir quitté le cocon familial, je louais une
minuscule chambre de bonne dans la capitale. C’était un peu
vétuste, et je n’avais pas beaucoup de place, mais grâce à
mon bon goût dans la décoration, je l’aménageais de manière à
ce que cet endroit devienne accueillant et chaleureux. Je décidais
d’installer mon bureau juste en face de la petite fenêtre. Au
départ ce fut simplement pour une raison pratique : ainsi
j’aurais plus de lumière lorsque j’écrirais ; mais je
me rendis compte que c’était vraiment l’endroit idéal
lorsque je réalisais que, assis à mon bureau, j’avais une vue
imprenable sur tout le quartier. Afin de pouvoir me sustenter en
attendant la publication du best-seller que je ne tarderais
surement pas à écrire, je réussis, grâce à mon talent et à quelques
relations, à me faire engager en tant que pigiste. Je devais écrire
des articles sur tout et n’importe quoi ; ce n’était
pas un métier très glorifiant, mais j’étais sur que cela ne
durerait pas. Cependant la situation commença à s’éterniser.
Chaque soir je m’asseyais à mon bureau et je contemplais la
rue, cherchant l’inspiration créatrice. Les mois passaient et
elle ne m’avait toujours pas effleuré. C’est alors
qu’arriva le jour où je rencontrais ma muse. Je sortais à
peine du métro, m’apprêtant à rentre chez moi,
lorsqu’une tornade brune se rua sur moi, manquant de me faire
tomber par terre. « André ! André Bovard ! » Moi je m’appelle
Jacques Dupont. Je le lui dis et, rouge de honte elle
m’expliqua que je ressemblais traits pour traits à un de ses
amis. Elle ne m’avoua que bien plus tard qu’elle était
myope et que, vu de prés, je ne ressemblais que très peu à son ami.
Rentré chez moi, je décidais d’écrire une histoire
d’amour entre un jeune homme et une jeune femme qui se
seraient rencontrés dans un train. Je revis la fille deux semaines
plus tard au pressing du bas de la rue. J’y allais environ
une fis par semaine mais je ne l’y avais encore jamais vu car
avant, elle s’occupait du repassage dans l’arrière
boutique. Ce jour-là, elle avait été promue au comptoir. Je
décidais de lui montrer mon ébauche de roman en lui expliquant que
c’était elle qui me l’avait inspiré. Mon roman dut lui
plaire, car par la suite elle vint me voir chez moi plusieurs fois.
Après chacune de ses visites, je m’asseyais à mon bureau, la
tête pleine d’idées. Un jour où elle était chez moi, elle me
confia qu’elle écrivait elle aussi, mais uniquement par
plaisir. C’est alors que je compris que notre rencontre
n’était pas uniquement due au hasard. Elle emménagea chez moi
au printemps, et trois mois plus tard, je décrochais un contrat
avec une maison d’édition. Lorsque mon roman fut publié, il
eut un succès phénoménal. Dés lors, ce fut ma belle époque ;
j’étais heureux, je vivais dans l’insouciance, sans me
préoccuper de quoi serait fait mon lendemain. Je décidais même
d’arrêter la pige. En revanche je me refusais, bien que cela
me fût largement possible, de déménager. Seulement ce qui devait
arriver arriva, le succès me fut fatal et mon éditeur me demanda de
rééditer mon exploit. Ce soir-là, comme au bon vieux temps, je
m’assis à mon bureau, ma femme (car nous nous étions mariés
entre-temps) derrière moi. Mais l’inspiration ne revenait
pas. J’avais des idées bien sûr (une histoire où un homme
vivrait heureux avec sa femme), mais la mienne, de femme,
m’affirmait que cela n’intéresserait personne. Le temps
passait et je commençais à désespérer. C’est alors que
j’eus l’idée de m’inspirer de ce
qu’écrivait ma femme. Je fouillais dans ses papiers et
parvins à trouver ses manuscrits. Il y avait là plusieurs dizaines
de romans. Des romans d’action, des histoires d’amour,
des policiers, de la science-fiction, du fantastique ; il y en
avait des politiquement engagés, des poétiques, des captivants,
d’autres où il fallait réfléchir. Et je dois admettre
qu’elle avait un style pas trop mauvais. Je décidais de me
servir du début de ses histoires afin de me guider, puis
d’inventer par moi-même. Mais malgré tous les genres et les
styles que j’essayais, je ne réussissais à chaque fois
qu’à reproduire quasiment à l’identique ce
qu’elle avait écrit. Après plusieurs jours, de rage et de
désespoir, j’apportais à mon éditeur un manuscrit très
fortement inspiré d’une des histoires de ma femme,
qu’il trouva meilleur que mon premier roman. Le livre fut
publié quelques mois plus tard. J’eus alors beaucoup de
chance : ma femme m’annonça qu’elle était enceinte, et
accaparée par sa grossesse, ne se rendit pas compte de mon honteux
plagiat. Honteux peut-être, mais devant le succès qu’il me
procura, je réitérais cet acte vil plusieurs fois. Fatalement et
comme on pouvait s’y attendre, quelques mois après la
naissance de mon fils, ma femme me lut. Trois jours plus tard, les
valises encombraient l’appartement. Il était convenu
qu’elle retourne habiter chez ses parents, et étant
d’un naturel généreux, que je lui verse tous les mois une
pension destinée à l’éducation de mon fils dont je lui
laissais la garde. Ce n’est pas que je fuyais mes
responsabilités de père, mais je craignais simplement que mon
enfant me déconcentre si je me remettais à écrire. Seulement je
n’étais pas naïf, je savais bien que sans elle j’étais
un écrivain raté. Aussi lorsque vint le moment fatidique où elle
s’apprêta à franchir le seuil de ma porte définitivement, je
me jetais à ses pieds. Non par pour l’implorer de rester, car
je savais qu’elle ne me ferait jamais plus confiance ; mais
pour lui demander de m’aider, de me donner des idées, de me
dire comment elle faisait pour avoir tant d’imagination. Elle
resta un moment songeuse sur le pas de » la porte, mon fils entre
ses bras, puis elle me répondit : « Quand j’écris, je
m’inspire de tout ce qui se passe autour de moi. » Et elle
partit. Moi je restais là, à méditer ses paroles. Au bout de
quelques heures, il me vint l’idée d’une histoire où un
homme serait quitté par sa femme. Mais je ne me faisais pas
d’illusion : Cette histoire était entièrement inspirée de ma
propre vie, et lorsque je l’aurais achevée (non pas ma vie
mais l’histoire), je n’aurais plus rien à écrire. Je
m’installais à mon bureau, comme tant de fois je
l’avais fait, et regardais par la fenêtre. Au dessous de moi,
le monde grouillait de vies. Ici un SDF dormant par terre, là une
femme encombrée par ses sacs de course trop pleins. Il y avait sur
une placette quelques stand de marcher, où le poissonnier et le
charcutier rivalisaient à l’aide de leurs cordes vocales par
dessus les ménagères affairées à trouver leur bonheur entre les
choux, les radis, les soles meunières, les carottes et les
saucisses de Francfort. Un maître et son chien suivaient
subrepticement une jeune femme essuyant la mayonnaise de son
sandwich thon/crudité qui dégoulinait sur son menton. Un homme en
costard-cravate appuyé contre un poteau jetait un coup
d’œil à sa montre-bracelet en argent toutes les trois
secondes et demi. Une jeune fille distribuait des tracts qui
finissaient pour la majorité dans une poubelle à quelques
centimètres de là. Une bande de jeune, canettes à la main,
s’esclaffaient à propos d’un homme tellement enrobé
qu’il avait des difficultés à monter dans un taxi. Tout ce
monde vivait en dessous de moi. Chaque individu partageant la vie
de l’autre pendant une seconde, un regard, une bousculade.
Chacun vivant sa petite histoire. Et c’est là que je compris
ce qu’avait voulu dire ma femme. L’inspiration, je
pouvais la prendre dans toutes ces choses qui faisaient mon
quotidien, dans toutes ces vies, dans toutes ces histoires dont je
croisais le chemin caque jour. J’allais m’inspirer des
histoires de ces gens, j’allais écrire leurs vies. Je posais
mon stylo sur une feuille de papier et commençais à écrire. A
partir de ce moment je publiais de nombreux livres. Ils ne me
rapportaient pas tous un franc succès, mais j’avais quelques
fidèles qui me lisaient avidement et me faisaient vivre. Les années
s’écoulèrent tranquillement jusqu’au jour où ma femme
rentra à la maison. Elle apparut sur le pas de la porte et dit : «
Tu vois que tu pouvais le faire. » Puis elle rentra et entreprit de
défaire ses valises. Aujourd’hui je vis heureux avec ma femme
et notre enfant. Moi je continue à écrire avec toujours autant de
succès. J’ai même réussis à convaincre ma femme de faire
publier ses livres. Et mon fils, malgré son jeune âge, fait déjà
preuve des qualités d’écrivain de son père. Bon j'ai pas envi
de me prendre la tête avec ma barre d'outils toujours inexistante
et les images toujours occupant la même position métaphysique que
ma barre d'outils. Sur ce je vais me coucher parceque mine de rien,
rien faire c'est creuvant, bon soir.